Vue aérienne d'un parc solaire : rangées de panneaux photovoltaïques installés sur un terrain gazonné

En tant que dirigeant d’une entreprise en technologies propres, vous préparez tôt ou tard une levée de fonds. Beaucoup d’entrepreneurs ne pensent pas à soigner leur présence en ligne. Pourtant, avant votre première rencontre, l’investisseur a souvent déjà consulté votre compte LinkedIn.

Voici ce qu’il remarque, et comment vous y préparer.

La vérification commence avant le premier appel

Selon DocSend, les investisseurs consacrent en moyenne trois minutes et 44 secondes à la présentation d’une entreprise en démarrage qui cherche son premier financement, et à peine 58 % des présentations sont lues jusqu’à la dernière diapositive.

En financement, la sélection se fait par étapes. Avant de consacrer une heure à une rencontre, un investisseur ou son équipe fait une recherche rapide :

  • qui sont les fondateurs,
  • que disent-ils publiquement,
  • quelle réputation ont-ils dans leur secteur.

SheetVenture, une plateforme qui accompagne les fondateurs dans leurs démarches auprès des investisseurs, décrit cette recherche préliminaire : avant d’aller plus loin, l’équipe d’un fonds vérifie souvent le parcours des fondateurs, notamment par une revue de leur profil LinkedIn, des appels à des contacts communs et des vérifications de réputation. Cette étape est informelle et elle a lieu bien avant la vérification diligente officielle.

Le contexte actuel rend ces premières impressions encore plus déterminantes. Selon l’Institute for Sustainable Finance de l’Université Queen’s, le capital de risque en cleantech au Canada a atteint un sommet de 1,65 milliard de dollars en 2022, avant de redescendre à environ 600 millions en 2025. Au premier semestre de 2026, les entreprises cleantech canadiennes ont levé 336 millions de dollars en 18 transactions, une légère hausse de 4 % sur un an, mais encore loin du sommet, selon des données de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement rapportées par The Logic. Dans un marché où les investisseurs reçoivent beaucoup plus de dossiers qu’ils ne peuvent en financer, chaque détail qui rassure ou qui inquiète pèse davantage.

« Mes investisseurs ne sont pas sur LinkedIn »

C’est une idée répandue chez les dirigeants d’entreprises technologiques, et elle est en partie fondée. Certains investisseurs spécialisés en technologies de pointe publient peu, commentent rarement et passent moins de temps sur la plateforme que leurs collègues du logiciel.

Publier et consulter restent toutefois deux comportements distincts. Un investisseur peut ne jamais réagir à vos publications et les lire attentivement le jour où votre dossier arrive sur son bureau. Ce jour-là, il cherche des signaux précis. La question utile devient donc : lorsqu’il vous cherchera, que trouvera-t-il?

Ce qu’un investisseur remarque en quelques minutes

Mardi soir, l’analyste qui prépare votre dossier tape votre nom dans Google. Sur LinkedIn, il trouve un titre générique, « Président », et une dernière activité qui date de quatorze mois. Rien sur votre technologie ni sur vos résultats. Jeudi, il arrivera à la rencontre avec une impression déjà formée.

Voici les éléments qu’il regarde en premier.

  • Le profil du fondateur. Votre titre et votre section « À propos » expliquent-ils le problème que vous réglez, votre technologie et ce qui vous rend crédible pour la mener à terme?
  • La date de la dernière activité. Un profil figé soulève une question simple : l’entreprise avance-t-elle?
  • La cohérence avec votre présentation. Les mêmes chiffres, le même vocabulaire, la même vision. Un écart entre votre présentation et votre présence en ligne crée un doute qu’il faudra dissiper en rencontre.
  • La visibilité de l’équipe. Voit-on les cofondateurs, les ingénieurs, les partenaires? Une équipe visible réduit le risque perçu d’une entreprise qui repose sur une seule personne.
  • Les preuves concrètes. Projets pilotes, partenariats industriels, subventions obtenues, prix, participation à des événements du secteur. Chaque élément vérifiable renforce ce que vous affirmerez en rencontre.
  • La clarté de l’explication. Un investisseur doit souvent défendre votre dossier devant son comité d’investissement. S’il comprend votre technologie en quelques lignes, il pourra la présenter à son tour. Une page trop technique lui laisse ce travail de traduction.

L’historique pèse plus que la portée

Une publication qui obtient beaucoup de visibilité impressionne peu un investisseur. Six mois de publications régulières sur votre marché, vos essais terrain et vos apprentissages montrent autre chose : une équipe qui avance, qui comprend son secteur et qui sait l’expliquer.

Le même principe s’applique à vos clients industriels. Selon le rapport Edelman-LinkedIn 2025 sur le leadership éclairé en B2B, 53 % des décideurs affirment que lorsqu’une entreprise partage une expertise solide, sa notoriété compte moins dans leur évaluation. Pour une jeune entreprise cleantech face à des concurrents mieux établis, c’est une occasion concrète.

Ce type de preuve se construit dans le temps et ne peut pas être produit la semaine précédant une ronde de financement. Pour une entreprise qui prévoit lever des fonds dans l’année, commencer quelques mois avant les premières démarches laisse le temps de bâtir un historique crédible.

Ce que je ferais avant votre prochaine levée de fonds

Si je prenais en charge votre présence en ligne, voici par où je commencerais, pour que votre équipe garde son énergie pour la technologie et le développement d’affaires.

  • Je partirais de votre présentation aux investisseurs pour formuler un titre qui nomme le problème que vous réglez et pour qui. Puis j’écrirais une section « À propos » en langage clair : le problème environnemental, votre approche, deux ou trois résultats vérifiables. C’est la page la plus consultée, et la plus rapide à corriger.
  • Je comparerais votre présentation, votre page LinkedIn et votre site Web pour que les chiffres clés, le nom de la technologie et la description du marché soient identiques partout. Un investisseur qui repère deux versions différentes de votre traction posera la question en rencontre.
  • Vos essais terrain, un problème technique résolu, une visite chez un client industriel : je les capterais sur place en vidéo verticale et je les traduirais en publications claires, une par semaine. Vous n’avez pas à devenir communicateur. Il suffit de m’ouvrir la porte du terrain.
  • J’accompagnerais vos cofondateurs et vos ingénieurs clés pour compléter leur profil, et je leur préparerais des publications simples à partager. Pour l’investisseur, une équipe qu’il peut découvrir en ligne réduit l’incertitude sur votre capacité d’exécution.

L’obsession du comment

Andrée-Lise Méthot, fondatrice de Cycle Capital et cofondatrice d’Écotech Québec, résumait ainsi sa vision de l’action climatique en entrevue à Radio-Canada : « C’est le comment qui doit être notre obsession. »

Cette exigence se retrouve dans ce qu’un investisseur cherche en ligne. Promettre de réduire les émissions ne le distingue de personne. Montrer comment votre technologie y parvient, sur le terrain, avec des résultats et une équipe capable de les reproduire, lui donne une raison de vous rencontrer.

Faites l’exercice

Ouvrez une fenêtre de navigation privée. Tapez votre nom, puis celui de votre entreprise. Lisez ce que vous trouvez comme si vous deviez décider, en cinq minutes, si cette entreprise mérite une heure de votre agenda.

Si le résultat vous laisse perplexe, c’est précisément ce que j’analyse dans le Diagnostic Impact : ce que votre présence en ligne communique à vos clients, à vos investisseurs et aux talents que vous souhaitez recruter, avec les ajustements prioritaires à apporter avant votre prochaine levée de fonds.